Les Journées du Patrimoine 2026 : Colors Urban Art Festival

Bonjour tout le monde,

 

Aujourd’hui, je vous propose de m’accompagner à nouveau aux Journées européennes du Patrimoine.

Cette visite n’était pas prévue. C’est zhom qui l’a repérée et qui a  voulu me faire plaisir en sachant ô combien j’aime les murs peints.

Pour bien terminer la journée du samedi, nous nous sommes rendus au Colors Urban Art Festival 2026 qui s’est tenu du 4 au 20 septembre 2026 à L’AFPA de Strasbourg (Agence nationale pour la formation professionnelle des adultes). A l’occasion des Journées du Patrimoine des visites guidées étaient organisées. 

Sous la direction artistique de Stom500, cette édition a mis à l’honneur 10 artistes aux univers singuliers, issus de la scène nationale et internationale, qui ont investi les murs du site avec des fresques monumentales et inédites.
Outre les photos, je propose des explications pour ceux que cela intéresse.

On y va ?

La première fresque (la plus facile aussi à photographier) que l’on voit en arrivant est celle d’Olivia De Bona, artiste parisienne, née en 1985. A travers son œuvre, il y a quelque chose de très vivant. Elle parle avec les mains, peint avec le corps et ne fait pas vraiment les choses à moitié. Elle peint vite. Le pinceau tourne dans sa main, le poignet s’articule joyeusement, le geste se répète sans tout à fait se répéter. Il y a du rythme, presque une chorégraphie.
Olivia De Bona avait envie de peindre pour les gens. Le mur se trouve dans un quartier très minéral, où elle a ressenti un manque de végétal. Alors, plutôt que d’en parler, elle a choisi d’en déposer : un immense bouquet de fleurs offert au quartier. Dans une époque qui en manque parfois cruellement, le beau et la joie peuvent aussi être utiles. Ses fleurs renouent avec cet « Art Nouveau Nouveau » qu’elle développe aujourd’hui avec conviction : des lignes organiques, une nature généreuse, des courbes et une sensualité.

 

Cette fresque est celle de FloaFleur qui vit à la Réunion. C’est son quartier qui constitue son terrain de jeu, presque une galerie à ciel ouvert. Elle s’essaie à tout : peinture, encre, carton, crochet, crayon, craie grasse… Elle mène plusieurs vies à la fois : professeure de français, masseuse et artiste.


Autour de ses quarante ans, elle retrouve sur un ancien calendrier une petite poupée qu’elle avait dessinée bien des années auparavant. Elle décide de lui donner davantage de place. La petite fille quitte le papier pour les murs et les kokeshi deviennent peu à peu sa signature.
Ce sont de petites petites poupées japonaises en bois à la silhouette très simple, presque réduite à l’essentiel, mais dont aucune n’est véritablement identique à l’autre.
Ici les deux kokeshi deviennent aussi des volumes, volontairement différents dans leurs tailles et leurs silhouettes. Un banc complète l’ensemble.

De son île, elle a voulu rapporter ce bleu profond, enveloppant.

Sur l’un des kimonos, Flo invite Olivia De Bona à dessiner librement, presque instinctivement : une façon très simple de matérialiser leur rencontre et son goût pour le travail partagé. 

 

Fork One c’est Timur Fork, né en 1986, une figure majeure du mouvement graffiti russe depuis le début des années 2000. Il développe depuis plusieurs années une technique devenue sa véritable signature : le « plasticine realism ». Son point de départ est pourtant l’une des choses les plus simples qui soient : la pâte à modeler. Des formes faites à la main, avec leurs bosses, leurs plis, leurs empreintes de doigts. Rien n’est parfaitement droit, régulier ou symétrique.
Après une période difficile de sa vie qui l’a amené à regarder autrement son travail, Timur a choisi de revenir à ce qui lui semblait essentiel : la joie, les choses simples, l’humour, l’enfance et cette beauté que l’on oublie parfois de regarder. Alors sont arrivés ses personnages que Fork appelle des compagnons.

Le mot lui va bien. Ils ont quelque chose de ces personnages que l’on fabriquait enfant avec trois morceaux de pâte à modeler et auxquels on pouvait, très sérieusement, décider de donner une vie. Ils sont un peu bancals, jamais tout à fait parfaits, mais immédiatement attachants.
Et surtout, ces compagnons voyagent. Fork en laisse derrière lui dans différentes villes du monde. Le compagnon de Strasbourg restera là. À nous, maintenant, d’en prendre grand soin.

A noter qu’on a l’impression que le mur fait un angle. Ce n’est qu’une illusion d’optique. Il est parfaitement plane.

 

Nous terminons aujourd’hui avec une fresque de HERA, de son vrai nom Jasmin Siddi, d’origine germano-pakistanaise, née à Francfort, en 1981.
Celle qui se définit comme une « storytelleuse » peint depuis plus de 26 ans à travers le monde et s’est imposée comme l’une des figures majeures de l’art urbain international.
L’histoire de ce mur tient dans une sensation que l’on connaît probablement tous. Cet été, il y avait la chaleur dehors. Et puis celle du dedans. Le cerveau qui chauffe lui aussi, les pensées qui s’accumulent, la tête qui continue de tourner alors qu’elle aimerait peut-être simplement qu’on s’occupe un peu d’elle. HERA en a fait ce qu’elle appelle un « mental Polaroid » : l’instantané d’un moment intérieur. 


Alors elle en donne un à Strasbourg : « One of those days when my brain needs a hug. » (Un de ces jours où mon cerveau a besoin d’un câlin.)

Et parce que les histoires de HERA sont rarement complètement solitaires, quelques petits compagnons sont venus se glisser dans l’image. Elle les appelle les « helpers ». Il y a le chien, cette présence fidèle qui reste à côté. Et puis, installé directement dans le cerveau, un minuscule guerrier veille encore au grain. Pendant que tout surchauffe, lui continue tranquillement de tenir la baraque.


Et si ce mur pouvait nous laisser quelque chose, ce serait peut être simplement cette petite permission: certains jours, on peut arrêter de demander à notre cerveau de tenir bon. On peut aussi lui demander ce qui lui ferait du bien ! 

 

Je vais vous laisser digérer tout cela pour aujourd’hui. Je reviendrai lundi avec un nouveau sujet.

D’ici là prenez bien soin de vous …

Je vous embrase.

Photos personnelles non libres de droit.
Merci de m’envoyer une demande par le formulaire de contact si vous voulez utiliser l’un ou l’autre cliché. Je me ferai un plaisir de le partager avec vous.
Texte et légendes rédigés avec les informations glanées sur le net et les documents en ma possession.

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